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سُورَةُ الفاتحة
SOURATE AL-FÂTIHA
L’Ouverture — La Mère du Livre, et le cœur de la prière
Nom arabe : سُورَةُ الفاتحة (Sûrat Al-Fâtiḥa)
Traduction : L’Ouverture — le Prologue, la Liminaire
Autres noms : Umm al-Kitâb / Umm al-Qur'ân (la Mère du Livre, la Mère du Coran), As-Sab' al-Mathânî (les Sept répétés), Al-Ḥamd (la Louange), Aṣ-Ṣalât (la Prière), Ash-Shifâ' (la Guérison), Ar-Ruqya (l’incantation curative), Al-Asâs (le Fondement)
Numéro : 1
Nombre de versets : 7
Classification : Mecquoise (Ibn 'Abbâs, Qatâdah, Abû-l-'Âliya) — parmi les toutes premières révélées ; première sourate du muṣḥaf
Juz’ : 1
Particularité : La plus grande sourate du Coran selon la parole prophétique. Pilier de chaque unité de prière — nulle prière sans elle. Elle résume à elle seule tout le message du Coran : louange, unicité, adoration exclusive, et demande de guidance. Un ḥadîth saint la partage en deux moitiés entre Allah et Son serviteur
Composition : 25 mots, 113 lettres ; la Basmala comptée comme premier verset selon la lecture de Ḥafṣ 'an 'Âṣim, adoptée dans la majeure partie du monde musulman
Traduction utilisée : Rachid Maach (lecoranenfrancais.com)
Thèmes majeurs : La Basmala (v. 1), la louange au Seigneur des mondes (v. 2), la double miséricorde (v. 3), la royauté du Jour de la Rétribution (v. 4), l’adoration et le secours exclusifs (v. 5), la demande de guidance vers la voie droite (v. 6), la voie des comblés oppposée à celle des égarés (v. 7)
Le nom vient de la racine « fataḥa » (ouvrir) : Al-Fâtiḥa est « celle qui ouvre » — elle ouvre le Coran, dont elle est la première sourate, et elle ouvre la prière, qui ne commence qu’avec elle. Comme le note la traduction de Rachid Maach, sa récitation conditionne la validité même de la prière. Elle porte de nombreux autres noms qui en disent les facettes : Umm al-Kitâb (la Mère du Livre), parce qu’elle contient en germe les sens de tout le Coran ; As-Sab' al-Mathânî (les Sept versets répétés), car ses sept versets sont redits à chaque prière ; Al-Ḥamd (la Louange), Ash-Shifâ' (la Guérison), et d’autres encore.
Cette sourate mecquoise, parmi les toutes premières révélées, occupe une place sans égale en islam. Le Prophète (paix sur lui) l’a appelée « la plus grande sourate du Coran ». Elle est récitée dans chacune des dix-sept unités de prière quotidiennes, et dans toute prière surnuméraire — de sorte qu’aucun texte au monde n’est répété aussi souvent par autant de bouches. Sa structure est d’une perfection remarquable : elle commence par la louange et la glorification d’Allah (la moitié qui Lui revient), puis bascule en une demande du serviteur (la moitié qui lui revient) — un dialogue entre la créature et son Créateur. Elle résume tout l’islam : connaître Allah par Ses attributs, L’adorer Lui seul, et Lui demander de nous maintenir sur le droit chemin. Certains l’ont comparée, par sa place centrale dans le culte, au Notre Père des chrétiens ou au Shéma Israël des juifs — sans qu’aucune comparaison n’épuise sa singularité.
Ce document reprend le format approfondi, particulièrement étoffé sur l’analyse de l’arabe et l’application concrète. Les attributions aux exégètes ont été vérifiées contre les sources ; les attributs divins évoqués (notamment Ar-Raḥmân, Mâlik) sont traités selon la voie des anciens (les salaf). L’identification des « égarés » et de « ceux qui ont encouru la colère » est rapportée d’après la parole prophétique authentique, dans son sens spirituel et sans extrapolation.
Chaque mot de cette sourate brève porte une charge immense. Le vocabulaire est détaillé ci-dessous, racine par racine, avec les nuances que relèvent les commentateurs.
بسم الله bismi-llâh — au nom d’Allah
Bi (par, au moyen de) + ism (le nom) + Allâh. « Au nom d’Allah » : le croyant commence par le nom de son Seigneur, cherchant Son aide et Sa bénédiction. Allâh est le nom propre du Dieu unique, qui n’admet ni pluriel ni féminin, et que nul autre que Lui ne porte. Rachid Maach traduit « au nom d’Allah ».
الرحمن الرحيم Ar-Raḥmân Ar-Raḥîm — le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Tous deux dérivent de « raḥmah » (رحم), la miséricorde, dont la racine évoque aussi le sein maternel (raḥim) — image de la tendresse enveloppante. Ar-Raḥmân désigne l’immensité de la miséricorde, Ar-Raḥîm son effusion continue. Rachid Maach traduit « le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ».
La distinction des deux noms. Les exégètes expliquent diversement la différence entre Ar-Raḥmân et Ar-Raḥîm, tous deux tirés de l’attribut de miséricorde. Une explication, que rapporte la note de Rachid Maach, est qu’Allah est Ar-Raḥmân (Tout Miséricordieux) dans Son Essence même, et Ar-Raḥîm (Très Miséricordieux) envers Ses créatures — par les effets concrets de Sa miséricorde. Une autre, très répandue, distingue la portée : Ar-Raḥmân embrasse une miséricorde universelle, qui touche toutes les créatures en ce monde, croyantes ou non ; Ar-Raḥîm désigne une miséricorde particulière, réservée aux croyants dans l’au-delà. Le nom Ar-Raḥmân, en outre, ne se dit que d’Allah, tandis qu’Ar-Raḥîm peut qualifier aussi la créature.
الحمد لله al-ḥamdu li-llâh — louange à Allah
Al-ḥamd, de la racine « ḥamida » (حمد), louer en reconnaissant la perfection et en remerciant. « Al-ḥamdu li-llâh » — « la louange appartient à Allah ». Le mot réunit deux sens : la louange (pour ce qu’Allah est, en Sa perfection) et la gratitude (pour ce qu’Il donne). Rachid Maach traduit « Louange à Allah ».
Une nuance que la traduction ne peut rendre : le « lâm » de « li-llâh » (à Allah) exprime ici l’appartenance exclusive. La phrase ne dit pas seulement « nous louons Allah », mais « toute louange, par essence, appartient à Allah » — car toute perfection et tout bienfait remontent à Lui. De plus, l’arabe distingue « ḥamd » (la louange qui inclut l’amour et la vénération) de « shukr » (le simple remerciement pour un bienfait reçu) : le ḥamd est plus vaste, car on loue Allah pour ce qu’Il est, et pas seulement pour ce qu’on reçoit de Lui.
رب العالمين rabbi-l-'âlamîn — Seigneur des mondes
Rabb, le Seigneur — Celui qui crée, possède, pourvoit et régit ; al-'âlamîn, pluriel de « 'âlam », les mondes, l’ensemble de tout ce qui existe en dehors d’Allah. « Seigneur des mondes » : Maître et Éducateur de toutes les créatures — les humains, les djinns, les anges, et tous les univers. Rachid Maach traduit « Seigneur de la Création ».
مالك يوم الدين mâliki yawmi-d-dîn — Maître du Jour de la Rétribution
Mâlik, de la racine « malaka » (ملك), posséder, détenir ; yawm, le Jour ; ad-dîn, la Rétribution, le Jugement. « Maître du Jour de la Rétribution » : Celui qui détient l’autorité absolue au Jour où chacun sera rétribué selon ses actes. Rachid Maach traduit « Maître souverain du Jour de la rétribution ».
Deux lectures, et le sens de dîn. Le mot se lit de deux manières canoniques : « Mâlik » (le Possesseur, le Maître, qui détient toute chose ce Jour-là) et « Malik » (le Roi, le Souverain qui commande) — les deux lectures sont authentiques et complémentaires, l’une soulignant la possession, l’autre la royauté. Quant à « dîn », il signifie ici la Rétribution et le Jugement (et non la religion) : c’est le même sens que dans « celui qui traite le dîn de mensonge » (sourate Al-Mâ'ûn). Préciser qu’Allah est le Maître de ce Jour, alors qu’Il est déjà le Maître de tout, c’est rappeler qu’en ce Jour nulle autorité ne subsistera que la Sienne : les royautés terrestres s’effaceront.
إياك نعبد وإياك نستعين iyyâka na'budu wa iyyâka nasta'în — C’est Toi seul que nous adorons, et de Toi seul que nous implorons l’aide
Iyyâka, « Toi seul » (complément placé en tête) ; na'budu, nous adorons (de '́abada, vouer un culte) ; nasta'în, nous demandons aide (de 'awn, le secours). « C’est Toi seul que nous adorons, et de Toi seul que nous implorons aide » : le cœur de la sourate, et le cœur de l’islam. Rachid Maach traduit « C’est Toi seul que nous adorons et de Toi seul que nous implorons aide ».
La finesse de « iyyâka » placé en tête. En arabe, l’ordre normal serait « na'buduka » (nous T’adorons). Mais le verset place le complément « iyyâka » (Toi) avant le verbe — et cette antéposition exprime l’exclusivité : non pas « nous T’adorons » (ce qui n’exclurait pas d’adorer d’autres), mais « c’est Toi, et Toi seul, que nous adorons ». C’est la définition même du tawḥîd. On notera aussi le passage de la troisième personne (« louange à Allah... Seigneur... Maître ») à la deuxième (« Toi ») : après avoir loué Allah à distance, le serviteur, comme rapproché, s’adresse directement à Lui. Enfin, l’adoration est citée avant la demande d’aide : on se tourne vers Allah par le service avant de Lui demander — et l’on reconnaît qu’on ne peut même L’adorer que par Son secours.
اهدنا الصراط المستقيم ihdina-ṣ-ṣirâṭa-l-mustaqîm — guide-nous vers la voie droite
Ihdinâ, de la racine « hadâ » (هدي), guider, mener à bon port ; aṣ-ṣirâṭ, la voie large et droite ; al-mustaqîm, ce qui est droit, sans détour. « Guide-nous vers la voie droite » : la première demande du serviteur, et la plus essentielle. Rachid Maach traduit « Guide-nous dans le droit chemin ».
Pourquoi demander la guidance à chaque prière, alors qu’on est déjà croyant ? Parce que la « hidâya » (guidance) n’est pas seulement l’entrée dans la voie, mais le fait d’y être maintenu, affermi, et mené plus loin à chaque pas. Le croyant demande donc : garde-moi sur cette voie, accrois-moi en elle, ne m’en laisse pas dévier. La voie droite (aṣ-ṣirâṭ al-mustaqîm), expliquent les commentateurs, c’est l’islam, la voie sans détour qui mène à Allah — le Prophète l’a décrite comme « le Livre d’Allah ». Que cette demande soit répétée dans chaque unité de prière dit le besoin constant du serviteur d’être tenu fermement sur le droit chemin.
المغضوب عليهم ولا الضالين al-maghḍûbi 'alayhim wa lâ-ḍ-ḍâllîn — ceux qui ont encouru la colère, ni les égarés
Al-maghḍûb, de « ghaḍiba » (غضب), la colère ; aḍ-ḍâllîn, de « ḍalla » (ضل), s’égarer, se perdre. La voie demandée est celle « des comblés de grâces, non de ceux qui ont encouru la colère ni des égarés ». Rachid Maach traduit « non celui des réprouvés, ni celui des égarés ».
Deux déviations opposées. La parole prophétique authentique, rapportée d’après 'Adî ibn Ḥâtim, identifie ces deux groupes : « ceux qui ont encouru la colère » sont ceux qui ont connu la vérité mais ne l’ont pas mise en pratique (le Prophète y rattacha la condition de ceux d’entre les juifs qui agirent ainsi) ; et « les égarés » sont ceux qui ont adoré sans science, dans l’erreur (il y rattacha la condition de ceux d’entre les chrétiens qui s’égarrent). Le sens spirituel, valable pour tous, est l’avertissement contre deux travers symétriques : le savoir sans l’action (la science qu’on trahit), et l’action sans le savoir (la dévotion sans la vérité). La voie droite, elle, unit les deux — la connaissance juste et l’œuvre conforme : c’est la voie de « ceux qu’Allah a comblés », les prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux.
Verset 1 — Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. »
La sourate — et le Coran tout entier — s’ouvre par la Basmala : « au nom d’Allah ». Le serviteur commence toute chose par le nom de son Seigneur, cherchant Son aide, Sa bénédiction et Son agrément. Selon la lecture de Ḥafṣ 'an 'Âṣim, adoptée dans la majeure partie du monde musulman, cette Basmala est le premier des sept versets de la sourate. Allah s’y nomme par Son nom propre — Allâh — puis par deux de Ses plus beaux noms, tirés tous deux de la miséricorde : Ar-Raḥmân et Ar-Raḥîm. Que le Livre s’ouvre ainsi, sous le double sceau de la miséricorde, donne le ton de toute la révélation : avant la menace et la loi, la miséricorde. Comme l’explique la note de Rachid Maach, beaucoup d’exégètes distinguent les deux noms ainsi : Allah est Tout Miséricordieux dans Son Essence, Très Miséricordieux envers Ses créatures.
Verset 2 à 3 — La louange et la double miséricorde
« Louange à Allah, Seigneur de la Création, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. »
Vient la première parole du serviteur : « al-ḥamdu li-llâh » — « toute louange appartient à Allah ». Ce n’est pas seulement « nous louons Allah », mais l’affirmation que toute perfection et tout bienfait Lui reviennent par essence. Anas rapporte que le Prophète et les premiers califes commençaient leur prière par ce verset. Allah s’y désigne « Seigneur de la Création » (rabbi-l-'âlamîn) : Maître, Créateur et Éducateur de tous les mondes — humains, djinns, anges, et tout ce qui existe. Puis la sourate répète les deux noms de miséricorde (Ar-Raḥmân Ar-Raḥîm), aussitôt après avoir nommé la Seigneurie : car la création et l’éducation des mondes ne se font pas dans la rigueur seule, mais dans la miséricorde. La majorité des commentateurs voient dans cette reprise une insistance : le Seigneur qui régit l’univers est, avant tout, miséricordieux.
Verset 4 — Maître du Jour de la Rétribution
« Maître souverain du Jour de la rétribution. »
« Mâliki yawmi-d-dîn » — « Maître du Jour de la Rétribution ». Après la miséricorde, la justice : Allah est le Maître absolu du Jour où chacun sera rétribué selon ses actes. Le mot se lit de deux manières canoniques — « Mâlik » (le Possesseur, qui détient tout ce Jour-là) et « Malik » (le Roi, qui commande) — et les deux sont vraies. « Ad-dîn » signifie ici la Rétribution, non la religion. Préciser qu’Allah est le Maître de ce Jour, alors qu’Il est déjà le Maître de toute chose, c’est rappeler qu’en ce Jour nulle autorité ne subsistera que la Sienne : « à qui appartient la royauté, aujourd’hui ? À Allah, l’Unique, le Dominateur suprême ». L’équilibre des trois premiers versets est admirable : la louange (v. 2), la miséricorde (v. 3), puis la justice du Jugement (v. 4) — l’espoir et la crainte tenus ensemble.
Verset 5 — C’est Toi seul que nous adorons
« C’est Toi seul que nous adorons et de Toi seul que nous implorons aide. »
Le verset central opère le pivot de toute la sourate : « iyyâka na'budu wa iyyâka nasta'în ». Après avoir loué Allah à la troisième personne, le serviteur s’adresse maintenant directement à Lui — comme rapproché par la louange. Et l’antéposition de « iyyâka » (Toi) avant le verbe exprime l’exclusivité absolue : ce n’est pas « nous T’adorons », mais « c’est Toi, et Toi seul, que nous adorons ». C’est le cœur du tawḥîd et le cœur de l’islam : l’adoration vouée à Allah seul, et le secours demandé à Lui seul. L’adoration est citée avant la demande d’aide — car on se donne à Allah avant de Lui demander — et l’on reconnaît du même souffle qu’on ne peut même L’adorer sans Son aide. C’est ici, exactement, que passe la ligne de partage du ḥadîth saint : les versets précédents étaient louange (la part d’Allah), ceux qui suivent seront demande (la part du serviteur), et ce verset, dit-on, est partagé entre les deux — charnière entre l’hommage et la requête.
Verset 6 à 7 — La demande de guidance vers la voie droite
« Guide-nous dans le droit chemin, chemin de ceux que Tu as comblés de Tes grâces, non celui des réprouvés, ni celui des égarés. »
Vient alors la grande demande, celle vers laquelle toute la sourate tendait : « ihdina-ṣ-ṣirâṭa-l-mustaqîm » — « guide-nous vers la voie droite ». C’est la requête la plus essentielle qu’un être puisse formuler, et c’est pourquoi Allah l’a placée dans la sourate qu’Il nous fait répéter à chaque prière. La guidance demandée n’est pas seulement l’entrée dans la voie — le croyant y est déjà — mais le maintien, l’affermissement et l’accroissement à chaque pas. La voie droite, expliquent les commentateurs, c’est l’islam, et le Prophète l’a décrite comme « le Livre d’Allah ». Puis le verset 7 la précise par trois groupes : c’est « la voie de ceux qu’Allah a comblés de Ses grâces » — les prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux ; « non celle de ceux qui ont encouru Sa colère » — ceux qui connurent la vérité sans la suivre ; « ni celle des égarés » — ceux qui adorèrent sans science. Selon la parole prophétique rapportée de 'Adî ibn Ḥâtim, les premiers évoquent la condition de ceux d’entre les juifs qui agirent ainsi, et les seconds celle de ceux d’entre les chrétiens qui s’égarèrent. La leçon permanente est l’avertissement contre deux déviations symétriques — le savoir trahi et la dévotion sans vérité — et l’aspiration à la voie qui unit la science juste et l’œuvre droite. À la fin de la récitation, le priant dit « âmîn » (ô Allah, exauce) — mot qui n’appartient pas à la sourate mais que la Sunna recommande, scellant la demande.
Récitée au moins dix-sept fois par jour, cette sourate n’est pas une formule à débiter : elle est un programme de vie, un dialogue avec Allah à habiter pleinement. Voici comment en faire une règle de vie.
Le ḥadîth saint enseigne qu’à chaque verset récité, Allah répond au serviteur : « Mon serviteur M’a loué... Mon serviteur M’a glorifié... ceci est entre Moi et Mon serviteur ». Réciter la Fâtiḥa, c’est donc tenir une conversation réelle avec Allah, où Il répond. Application pratique : à chaque prière, ralentir sur la Fâtiḥa et marquer un temps de conscience après chaque verset, en se rappelant qu’Allah y répond. Concrètement, ne pas l’enchaîner d’un trait : dire « al-ḥamdu li-llâhi rabbi-l-'âlamîn » en sentant qu’on loue réellement, marquer une pause, puis poursuivre. Le Prophète récitait « verset par verset », en s’arrêtant à la fin de chacun. Celui qui prend cette habitude transforme une répétition machinale en dix-sept entretiens quotidiens avec son Seigneur — et sa prière change de nature.
Le verset central — « c’est Toi seul que nous adorons et de Toi seul que nous implorons aide » — énonce l’exclusivité : tout pour Allah, et le recours à Lui seul. Application pratique : en faire la pierre de touche de ses actes et de ses dépendances. Sur le versant de l’adoration (« iyyâka na'budu »), se demander : est-ce que je fais ceci pour Allah, ou pour le regard des gens ? — c’est le remède contre l’ostentation. Sur le versant du secours (« iyyâka nasta'în »), se demander : sur qui est-ce que je m’appuie vraiment ? — c’est le remède contre l’attachement excessif aux créatures et aux moyens. Concrètement, ce demi-verset, répété chaque jour, recalibre le cœur : il rappelle qu’on ne sert que Lui et qu’on ne s’appuie que sur Lui — tout en prenant les moyens, mais sans leur confier son cœur. Celui qui vit ce verset est libéré de deux servitudes : celle de plaire aux gens, et celle de dépendre d’eux.
« Guide-nous vers la voie droite » : Allah nous fait demander la guidance à chaque unité de prière, alors même que nous sommes musulmans. C’est que la guidance n’est pas un acquis définitif, mais un besoin de chaque instant — être maintenu sur la voie, affermi, préservé de la déviation. Application pratique : prendre cette demande au sérieux comme une vraie requête, et non une formule. Quand on dit « ihdina-ṣ-ṣirâṭa-l-mustaqîm », y mettre une intention réelle : ô Allah, garde-moi ferme sur Ta voie aujourd’hui, dans mes choix, mes paroles, mes épreuves ; accrois-moi en guidance ; ne me laisse pas dévier. Concrètement, cette conscience humilie et protège : elle rappelle que nul n’est à l’abri de l’égarement, et que la fermeté dans la foi se redemande sans cesse. Celui qui s’imagine définitivement guidé et cesse de demander la guidance est précisément en danger ; celui qui la redemande humblement chaque jour est celui qu’Allah maintient.
Le dernier verset oppose la voie des comblés à deux égarements : « ceux qui ont encouru la colère » (le savoir qu’on ne met pas en pratique) et « les égarés » (la dévotion sans science). Application pratique : veiller à ne tomber dans aucun des deux. Contre le premier travers — connaître sans agir — s’assurer que ce qu’on apprend de la religion descend dans les actes : le savoir qui ne se vit pas devient une charge, non une lumière. Contre le second — agir sans savoir — fonder sa pratique sur la science authentique et non sur l’émotion, la coutume ou l’ignorance : la dévotion sincère mais dévoyée égare. Concrètement, la voie droite unit les deux ailes — apprendre, puis mettre en pratique ce qu’on a appris. Le croyant cherche donc à la fois la science (pour ne pas s’égarer) et l’action sincère (pour ne pas trahir son savoir) — car c’est l’union des deux qui définit « ceux qu’Allah a comblés ».
Le Prophète (paix sur lui) a approuvé l’usage de la Fâtiḥa comme roqya — incantation curative — lorsqu’un Compagnon guérit par elle un homme piqué par un scorpion (voir les mérites). De là son nom d’Ash-Shifâ' (la Guérison). Application pratique : recourir à cette sourate, avec confiance en Allah, dans la maladie et la difficulté. Concrètement, la réciter sur soi ou sur un malade (en soufflant légèrement), en cherchant la guérison auprès d’Allah par Sa parole — non comme une formule magique, mais comme un recours à Celui qui guérit, par le plus grand des textes. Cet usage prophétique rappelle que la Fâtiḥa n’est pas seulement récitée dans la prière : elle accompagne le croyant dans ses épreuves, comme une source de guérison et de réconfort. Celui qui en connaît la valeur ne s’en sépare jamais — elle est sa prière, son remède et son refuge.
Abû Sa'îd ibn al-Mu'allâ (qu’Allah l’agrée) rapporte : le Prophète (paix sur lui) me dit : « Je vais t’enseigner la plus grande sourate du Coran avant que tu ne sortes de la mosquée. » Puis, comme il s’apprêtait à sortir, je le lui rappelai. Il dit : « C’est « Al-ḥamdu li-llâhi rabbi-l-'âlamîn » — ce sont les Sept répétés et le Coran immense qui m’ont été donnés. »
— Rapporté par Al-Bukhârî 4474
'Ubâda ibn aṣ-Ṣâmit (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (paix sur lui) a dit : « Nulle prière pour quiconque ne récite pas l’Ouverture du Livre. » Et dans le ḥadîth saint rapporté par Abû Hurayra, Allah dit : « J’ai partagé la prière entre Moi et Mon serviteur en deux moitiés, et Mon serviteur aura ce qu’il demande. Lorsque le serviteur dit « Louange à Allah, Seigneur des mondes », Allah dit : « Mon serviteur M’a loué. »... » — et ainsi jusqu’à la fin de la sourate. Cela montre que la moitié de la Fâtiḥa est louange d’Allah, et l’autre demande du serviteur.
— Rapporté par Al-Bukhârî 756 et Muslim 395 (pour le ḥadîth saint, Muslim 395)
Abû Sa'îd al-Khudrî (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’un groupe de Compagnons, hébergés par une tribu dont le chef avait été piqué par un scorpion, récitèrent sur lui l’Ouverture du Livre : il fut guéri par la permission d’Allah. De retour, ils en informèrent le Prophète (paix sur lui), qui approuva en disant : « Qu’est-ce qui t’a appris qu’elle est une roqya ? Vous avez bien fait : partagez la récompense, et attribuez-moi une part avec vous. »
— Rapporté par Al-Bukhârî 5736 et Muslim 2201
واللَّهُ أَعْلَمُ
Et Allah est le plus Savant
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